Club Dorothée

clubdoLe Club Dorothée, plus généralement raccourci Club Do’, est une émission de télévision française qui a durée 10 ans, de 1987 à 1997, et qui ciblait principalement la jeunesse en proposant du contenu varié et innovant pour l’époque. Si aujourd’hui toutes les personnes étant nées dans les années 80 connaissent cette émission, la nouvelle génération n’est peut-être pas très familière de ce qui permit d’amener l’animation japonaise dans nos foyers. Pour cette raison, nous vous proposons une petite rétrospective sur le phénomène Club’Do et ce qu’il a apporté au monde des Geeks.

Les débuts de l’émission

Bien que tous connaissent le Club Dorothée, ne serait-ce que de nom, il est une chose que peu de gens savent : à la base, cette émission était en réalité séparée en trois émissions bien distinctes. Chacune possédait alors sa propre plage horaire. On retrouvait ainsi Dorothée matin, qui n’était diffusé que le mercredi matin, le Club Dorothée, qui n’était diffusé que le mercredi après-midi, et finalement, Dorothée dimanche, qui n’était diffusé que le dimanche. La diffusion de ces trois émission dura environ une année, avant que les trois ne soient réunies sous l’appellation générale : Club Dorothée. Au fil du temps, l’émission attirant de plus en plus de spectateurs, son temps d’antenne fut considérablement rallongé, allant jusqu’à durer 8 heures d’affilé chaque mercredi pour un total de plus de trente heures par semaine.

Ce qui a fait la popularité du Club Dorothée

Bien qu’ayant connu un grand succès au fil des années, le Club Dorothée a connu des débuts difficiles, car les droits de la majeure partie des dessins animés qui étaient diffusés à l’époque sur les différentes chaînes disponibles étaient détenus par La Cinq. Ce faisant, l’émission se voit obligée de diffuser de vieux dessins animés dont elle possède encore les droits. Ainsi, l’émission commence-t-elle par diffuser des œuvres comme : « Jem et les Hologrammes », « Jayce et les Conquérants de la lumière », « Les Bisounours », « Les Minipouss » ainsi que « Candy » et « Goldorak ». Ces dessins animés ayant déjà été maintes fois diffusés, ils n’intéressent que moyennement les spectateurs et l’émission se voit alors obligée d’improviser. C’est en 1988 que tout va changer. AB Productions s’était a l’époque vu accordé 20 heures de d’antenne par semaine, qu’il fallait nécessairement remplir. Problème, la production française était trop faible, et l’animation américaine trop chère pour être rentable. La solution est alors venue du Japon où les séries étaient, elles, très bon marché. AB Production a donc ramené plusieurs valises mais sans réellement en vérifier le contenu. C’est ainsi que les enfants européens voient débarquer des séries comme « Dragon Ball », « Dragon Ball Z », « Juliette je t’aime », « Les Chevaliers du Zodiaque », « Ranma ½ », « L’École des champions », « Bioman », « Georgie », « Nicky Larson » ou encore « Sailor Moon ». Ces séries connaissent alors un succès retentissant et portent l’émission sur la vague du succès, au grand dam d’autres chaînes comme La Cinq. Le succès est immédiat et en grande partie dû au fait que «Contrairement à l’animation américaine, qui était hégémonique ailleurs dans le monde, il y avait dans l’animation japonaise du second degré et surtout beaucoup de drame humain» , comme se plaît à le rappeler Grégoire Hellot, directeur de collection de l’éditeur de manga Kurokawa. «Les histoires évoquaient de nombreux thèmes non abordés dans la production occidentale, comme la mort, la misère sociale, mais aussi la vie quotidienne, les premières amours… Cela fourmillait aussi de références historiques ou culturelles. Avec les Chevaliers du Zodiaque, tous les gens de ma génération se sont intéressés à la mythologie grecque.»

Mais les bons dessins animés ne sont pas les seuls responsables du succès de l’émission. Plus qu’une simple émission, celle-ci s’apparente le plus souvent à un spectacle dans lequel musiques, show et défis viennent se mêler pour proposer quelque chose de totalement innovant pour les spectateurs. Dorothée, l’animatrice qui a donné son nom à l’émission, porte celle-ci grâce à un charisme et une joie de vivre communicative. Également chanteuse, elle propose l’interprétation de plusieurs titre aujourd’hui encore très connus :

Pour l’accompagner, Dorothée peut également compter sur le soutien de musicien de talent. Nommés « Les Musclés », ceux-ci auront également droit à de nombreux succès au cours de l’émission aujourd’hui devenus cultes comme : La fête au village, La merguez partie ou Allez hop boum boum crac crac.

Le groupe musical les Musclés

Le Club Dorothée se veut également être une émission de variétés qui a reçu de nombreux artistes français et internationaux à l’occasion des mercredi après-midi de 14h30 à 18h dans un show en direct et en public avec l’orchestre des Musclés

Des polémiques inhérentes à l’émission

Bien entendu, comme c’est généralement le cas lorsqu’on propose du contenu nouveau, l’émission a connu quelques revers de fortune et de nombreuses polémiques ont éclaté au fil des années et des diffusions de nouveau dessins animés. Certains d’entre eux, comme « Les Chevaliers du Zodiaque », « Dragon Ball Z » ou encore « Ken le Survivant » et « Lamu », firent couler beaucoup d’encre de part leur caractère parfois violent.

L’émission se voit ainsi censurée par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) en 1988 pour sa série « Ken le survivant », jugée beaucoup trop violente. Le CSA mandatera plusieurs psychologues de l’audiovisuel pour adapter la série. S’ensuivra une censure drastique des épisodes, avec parfois près de dix minutes d’épisode supprimés. Les dialogues se voient également modifiés pour paraître bon enfant, ce qui dénature complètement la série. Paradoxalement, cette censure provoque un engouement pour la série, qui devient presque virale tant les dialogues étaient insensés au milieu de cet univers de violence.

C’est ensuite au tour de séries telles que « Muscleman », « Dragon Ball Z » ou « très cher frère… » de tomber dans le viseur du CSA pour le contenu violent et les thèmes abordés (Violence, suicide, ambiguïté sexuelle, etc.)

Ces diverses attaques de l’émission, mais également la tendance à proposer des épisodes parfois bâclés, aux traductions improbables, provoque également des remous bien au delà de l’émission elle-même et participe, malgré elle, à la connotation négative des animés japonais en Europe.

Les attaques contre l’émission ne venaient pas seulement du milieu télévisuel et certaines personnalités politiques telles que Ségolène Royal ont également participé aux vives critiques à l’encontre du Club Dorothée.

De la fin des dessins animés à l’apparition des Sitcoms

L’émission va connaître un autre revers en 1990, quand la loi sur la diffusion des dessins animés se verra considérablement remaniée. Il devient dès lors plus difficile de trouver des œuvres correspondant aux critères et pouvant être diffusées sans risque sur la chaîne. Ce constat fait, AB production se tourne vers la production de séries françaises et opte pour des sitcoms qui connaîtront un succès retentissant.

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On voit ainsi apparaître des séries comme : Salut Les Musclés en 1989, Premiers Baisers en 1991, Hélène et les Garçons en 1992, Le Miel et les Abeilles en 1992, Les Filles d’à côté en 1993, La Philo selon Philippe en 1995, ou encore Pour être libre en 1997.

Mais au delà des sitcom, AB Production va également produire une autre émission aujourd’hui très connues du nom de « Pas de pitié pour les croissants ». Proposant des mini-sketches joués par les différents animateurs de l’émission, cette série dénote de part son caractère complètement absurde et ses situations particulièrement décalées.

La disparition de l’émission

Comme toute émission de ce genre, le Club Dorothée commence à s’essouffler au début de l’année 1995. AB production ayant lancé son nouveau bouquet satellite, TF1 commence à diminuer le temps d’antenne de l’émission et change même de formule au cours de l’année. Le Club Dorothée devient alors Super Club Dorothée et se concentre sur les chansons live. L’Année suivante, l’émission change encore de visage pour y intégrer les nouveautés d’internet, qui fait alors ses grands débuts. Finalement, l’émission prendra fin le 29 août 1997 après 10 ans d’antenne.

De la nostalgie au retour du Club’Do

En mai 2006, une émission nostalgique diffusant les meilleurs moments du Club Dorothée verra le jour. Nommée « les années Club Do », elle est présentée par Jacky, sur AB1, avant de devenir quotidienne de septembre à décembre de lamême années.

D’autres émissions reviennent par la suite sur le phénomène Club’Do, qui a bercé plusieurs millions de téléspectateurs durant leur enfance.

Ce que l’émission apporta au monde des Geeks

Bien qu’ayant grandement participé au succès et à la popularisation des animés japonais en Europe, l’émission favorisa également la propagation d’idées reçues erronées au sujet de ces mêmes dessins animés. Ainsi, les séries japonaises furent-elles longtemps considérées comme bâclées, mal traduites, et censurées de manière brutale et arbitraire. Au delà de ces élément, les interventions du CSA participèrent également à cette connotation négative du « made in Japan », comme si ce qui devait être produit par le pays du Soleil Levant devait nécessairement être violent et posséder un caractère libertin.

Mais paradoxalement, la France et les autres pays francophones dans lesquels étaient diffusés l’émission ont pu découvrir la culture d’animation japonaise dans sa globalité, alors que d’autres pays, comme l’Allemagne par exemple, n’ont pas eu cette chance. Dans ces pays, pas de dessins animés futuristes, ni de combats épiques et violents. Seuls les séries proches des occidentales étaient reprises, ce qui a considérablement rogné le paysage culturel des mangas. Cette grande diversité d’animes qui fut proposée dans l’émission fait qu’aujourd’hui, la France est le deuxième consommateur mondial au niveau des mangas et des animes, ce qui n’est pas rien.

Au delà de l’émission, les jeunes de l’époque et les adolescent se réunissent en associations et se lancent dans la production de magazines amateurs, comme Mangazone ou Animeland. D’autres ouvrent des boutiques spécialisées en animés, en mangas ou un culture japan. Ce sont également ces fans qui créèrent les premières conventions du genre, comme la Japan Expo pour ne citer qu’elle.

Mais ce qui changea réellement, c’est bien la publication de manga chez les différentes maisons d’édition françaises. Alors que le Club Dorothée commence à diminuer le nombre de dessins animés diffusés à cause de la pression toujours plus forte du CSA et des nouvelles règlementations en vigueur, les fans découvrent que leurs séries découlent directement de bandes dessinées nommés mangas. C’est en 1995, avec la diffusion de Dragon Ball par Glénat, que le phénomène éclatera dans toute sa splendeur. Dépassant rapidement les 100’000 exemplaires vendus, la maison d’édition se rend compte qu’un marché existe pour les manga et décide de produire ceux-ci dans un format proche de celui du Japon, avec un sens de lecture de droite à gauche. D’autres titres issus directement des diffusions dans l’émission voient alors le jour, comme Sailor Moon ou Ranma, et une fois de plus le public répond présent. D’autres maisons d’édition composées de fans de l’émission suivront, et c’est ainsi que Kaze et Pika proposeront à leur tour des mangas dans leurs magasins.

Selon plusieurs experts, l’explosion et le succès retentissant du manga correspond au déclin du Club Dorothée, car il y avait clairement un manque à combler pour les fans du genre. De plus, être fans de mangas à l’époque signifiait s’opposer aux médias qui ont gardé, durant de nombreuses années encore, une vision très négative des productions japonaises.

Rétrospective des 30 ans du ClubDo

EPISODE 1 – Il y a 30 ans on était tous invités

EPISODE 2 – Numéro 1, c’est le Club Dorothée

EPISODE 3 – Tous les animes que vous préférez

EPISODE 4 – Toutes les sitcoms produites par AB

EPISODE 5 – Toutes ces chansons qu’on a fredonnées

ÉPISODE 6 – Ce sont les 30 ans que vous célébrez !

Génération Club Dorothée l’incroyable histoire d’une émission culte

 

Sources

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