La huitième couleur / Terry Pratchett

Et si le monde n’était pas une simple sphère mais un disque gigantesque reposant sur quatre éléphants tout aussi imposants, reposant eux-mêmes sur une tortue géante marchant dans l’univers vers on-ne-sait-où ? Et si les dieux foulaient ce disque géant, provoquant miracles et guerres en tous genres ? Bienvenue sur le Disque-Monde de Pratchett ! La huitième couleur, ou the Color of Magic de son titre original, est le premier tome de la série des « Annales du Disque-Monde » et vous permet de découvrir les rudiments de cet univers particulier et totalement loufoque.

Fiche technique

La couverture de la première édition

La couverture de la première édition

  • Titre : La huitième couleur
  • Titre original : The Color of Magic
  • Auteur : Terry Pratchett
  • Année de la première édition : 1983
  • Nombre de pages : environ 280
  • A pour suite : le huitième sortilège
  • De la série : Les Annales du Disque-Monde
  • Genre : Fantasy
  • Niveau : Lecteur moyen

Bibliochimie

Si un alchimiste voulait recréer ce livre dans son alambic, quelles choses pourrait-il utiliser comme ingrédients ?

– Un monde dont la structure défie toute logique

– Un style d’écriture un peu chaotique et hautement humoristique

– Une partie de jeu de rôle géante entre les dieux de cet univers

– Un détournement parodique des codes de la fantasy classique

L’histoire

Rincevent est un mage raté qui a été renvoyé, des années plus tôt, de la prestigieuse Université de l’Imaginaire pour avoir transgressé l’une des lois les plus importantes. Afin de remporter un pari, le mage a lu l’une des pages de l’In Octave, le livre contenant les huit sortilèges de la création, et l’un d’entre eux est venu élire domicile dans son esprit, l’empêchant par la même occasion de faire usage de la magie. Alors qu’il mène une vie de traîne-misère, Rincevent fera la connaissance de Deuxfleurs, un agatéen issu d’un pays où l’or est si abondant qu’il ne possède aucune véritable valeur. Possédant un coffre capable de le suivre partout et qui a des tendances homicidaires, le fameux Deuxfleurs ne désire qu’une chose, découvrir le monde d’Ankh-Morpork en tant que premier touriste de l’histoire du Disque-Monde. Bien entendu, tout l’or contenu dans le fameux bagage va attirer l’attention de personnes mal intentionnées. Rincevent, qui s’est vu désigné pour prendre soin du fameux touriste, sera alors contraint de le suivre dans des péripéties auxquelles il se serait bien gardé de participer. Alors que le monde entier semble en avoir après leur or et leurs vies, ils ne se doutent certainement pas qu’ils sont en plus les pions d’un vaste jeu de plateau entre les dieux.

L’univers

Le Disque-Monde représente un univers particulier, avec ses propres règles et son propre fonctionnement qui tranchent avec les autres univers de fantasy. Même la magie y est particulière et découle de l’octarine, la huitième couleur du spectre lumineux dont toutes les autres couleurs ne sont que de pâles reflets délavés. Très dangereux, l’univers du Disque-Monde comporte de multiples dangers sous forme de créatures cauchemardesques, de dieux plus ou moins malveillants et égocentriques, mais aussi de monstres en tous genres et de peuplades barbares qui n’ont qu’une seule idée en tête, massacrer toute personne qui leur tombera sous la main. Même les héros dénotent par leur idiotie crasse et leur intelligence au raz du Disque, pour reprendre l’une des expressions de l’auteur. Mise à part ces dangers, le Disque-Monde représente également un péril à part entière à mesure que les personnages se rendent près du bord du disque, car ils risquent de chuter dans l’espace une fois ce dernier atteint.

L’auteur et le style

Terry Pratchett, de son nom complet Terence David John Pratchett, est un auteur de fantasy britannique né le 28 avril 1948 à Beaconsfield dans le Buckinghamshire. Connu majoritairement pour ses romans de fantasy qui se déroulent dans l’univers du Disque-Monde, Pratchett emploie un style humoristique qui détourne le genre de la fantasy afin de critiquer divers aspects de la société de son temps. Le style de Pratchett est assez particulier, voir chaotique diront certains. L’auteur n’hésite pas à user et abuser de la digression, nous narrant ce qu’il se passe à « l’autre bout » du Disque-Monde alors que les protagonistes se trouvent dans une situation délicate et que le lecteur n’a qu’une envie, savoir ce qui va leur arriver. Dans d’autres circonstances, l’auteur n’hésite pas à nous gratifier d’une note de bas de page occupant presque une page entière afin de préciser un élément de son univers, et ce également au milieu d’une action. L’auteur emploie les canons de la fantasy de l’époque pour les tourner en dérision. En les opposant à notre monde – dont nombre d’allusions sont présentes dans les ouvrages – l’auteur montre à quel point la fantasy à l’ancienne est loin de la réalité et à quel point son idéologie est totalement irréaliste. D’un autre côté, l’auteur critique également sa société par diverses allusions qui prendront de plus en plus d’importance à mesure que les ouvrages et son univers se développeront. Parlant de l’univers, celui-ci débute sur un humour omniprésent mais s’assombrit à mesure que les thèmes abordés deviennent plus sérieux et, même si l’humour reste présent, il n’éclipse plus les véritables sujets de l’œuvre.

Avis de la rédaction

Keul : Pour avoir déjà lu pas mal d’œuvres de fantasy, je peux dire qu’on remarque assez rapidement que Pratchett n’est pas un auteur comme les autres, autant par sa manière d’écrire que par ses héros ou son univers. L’auteur reconnaît lui-même dans son œuvre via la réflexion de l’un des scientifiques que bien d’autres mondes fantastiques sont plus ordonnés, plus cohérents, mais que le Disque-Monde est bien plus imaginatif comme univers. Dès les premières lignes, on est un peu déstabilisé par le style de l’auteur, qui est fait de retour en arrière, de bonds en avant et d’anecdotes plus ou moins farfelues de ce qu’il se passe dans son univers alors que cela n’a que peu d’importance dans l’histoire en elle-même. Mais rapidement, on comprend que l’auteur se moque de la fantasy classique et de sa rigueur, et que nombres d’allusions dans l’histoire sont en réalité des critiques plus ou moins déguisées de ce qu’il se passait à son époque. Ajoutons à cela des héros qui n’en sont pas réellement ou qui n’ont dans tous les cas jamais voulu en être et contre qui le destin s’acharne (en réalité, le dieu du Destin s’acharne littéralement sur eux, donc c’est peu dire) et vous obtiendrez un récit totalement loufoque, parsemé de situations grotesques et de sauvetages tout aussi improbables que burlesques. Au final, la huitième couleur se lit rapidement sans qu’on s’en rende compte et permet de passer un moment très agréable tout en permettant d’apprendre à connaître l’un des plus grands auteurs de fantasy de son époque. A lire absolument donc !

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