Les runes

Que ce soit en jeu de rôle, dans les jeux-vidéo, les films ou les romans, dès qu’il est question de magie, les runes ne sont pas longues à pointer le bout de leur nez. Qu’elles soient elfiques, naines ou tout simplement issues de notre monde, on prête volontiers à ces symboles des vertus mystiques et divinatoires.

Geek-It vous propose d’en découvrir un peu plus sur ce système d’écriture, afin de savoir d’où il vient avant de l’utiliser vous-mêmes.

ATTENTION : j’ai fait des études d’archéologie et d’histoire, mais je ne suis pas pour autant spécialiste du domaine. L’article qui suit est basé sur des sources solides mais n’a donc aucune vocation d’être LA vérité sur le sujet.

Qui est venu en premier, l’oeuf elfique ou la poule scandinave ?

Bien avant que les auteurs de fiction ne s’emparent des runes pour les réarranger à leur sauce, elles étaient le système d’écriture utilisé principalement par les peuples scandinaves et également par les germaniques du nord de l’Europe, tels les vikings ou les saxons. Les experts ont du mal à se mettre d’accord sur son origine exacte, et il y a plusieurs écoles de pensée : la thèse latine soutient que les systèmes runiques, ou futhark (nommé ainsi selon les six premières runes), se sont construits par emprunt au latin – de façon directe ou par l’intermédiaire d’un autre peuple utilisant l’alphabet latin – ; la thèse grecque pense à un double emprunt, à la fois aux alphabets grecs et latins ; la thèse nord-italique – largement minoritaire – verrait même le futhark dérivé de plusieurs alphabets étrusques de la région nord-italique ; certains soutiennent même une invention purement germanique. En tous les cas, comme tout système d’écriture, il a évolué au fil du temps, donnant naissance à différents systèmes runiques. Les systèmes runiques sont attestés depuis le IIe siècle après Jésus-Christ jusqu’au XIe siècle pour la plupart, mais certains ont survécu jusqu’au XIVe, voire même jusqu’au XVIIIe siècle dans certains recoins de Suède, avant de se faire progressivement remplacer par d’autres systèmes d’écriture – dans la plupart des cas par l’alphabet latin. A noter que certaines hypothèses actuelles montées à partir d’études linguistiques suggèrent que le futhark aurait une origine datant d’avant notre ère, mais on n’en a à ce jour aucune preuve matérielle.

Les runes apparaissent d’autant plus mystérieuses qu’elles ne se sont pas beaucoup répandues dans les régions d’Europe non-germaniques, car les peuples celtes implantés là n’utilisaient pas de système runique. Les runes n’y ont donc jamais pris autant d’importance, restant représentées de manière très marginale sur certains bijoux d’inspiration germanique.

Les différents systèmes runiques

Ancien futhark, ou futhark germanique

L’ancien futhark est le plus ancien des systèmes runiques, et celui le plus communément utilisé de nos jours. Les traces les plus anciennes de ce futhark remontent jusqu’au IIe siècle et il a été en usage jusqu’en l’an 800 environ.

Système runique Futhark

Il compte vingt-quatre runes, organisées en trois groupes qu’on appelait aettir, c’est à dire huitaine, nommées soit selon le nom de la première rune de la huitaine, ou le nom de la divinité associée à ladite première rune : l’aett de Féhu ou Freya, l’aett d’Hagalaz ou de Heimdall, et l’aett de Tiwaz ou de Tyr.

Futhark anglo-saxon, ou futhork

Le futhark anglo-saxon est issu d’une adaptation du vieux futhark pour reproduire les sons du vieil anglais et du vieux frison. Système runique Futhork

Il est utilisé du Ve au XIe siècle. Il passe d’abord à vingt-huit runes, puis à trente-trois (l’une ayant deux graphies, ce qui explique que l’image ci-dessus en compte trente-quatre).

Futhark danois et sudéo-norrois, ou futhark récent, ou encore futhark viking

Utilisé par les vikings, ce futhark est issu d’une simplification du vieux futhark, certaines runes n’étant plus utilisées. Elles ont été utilisées du IXe au XIIe siècle.

Système runique danois

De vingt-quatre, on passe à seize runes. On trouve deux graphies : les runes danoises à longues branches, et les suédoises/norvégiennes à branches courtes.

Fictifs

Les runes ont été réutilisées par les auteurs de fiction, et notamment ceux de fantasy, soit pour les rituels magiques, soit comme système d’écriture pour les races de fantasy, voire pour les deux en même temps. Dans le cas de magie, les runes peuvent être utilisées seules, pour leur potentiel symbolique, ou en tant que système d’écriture pour les formules.

Il y a potentiellement autant de systèmes runiques fictifs que d’auteurs, il est donc impossible de tous les citer, mais il en est deux qui ont été repris par de nombreux auteurs : le runique nain et les runes elfiques (ou cirth) crées par J.R.R.Tolkien en s’inspirant du futhork. L’auteur aurait même créé un parallèle entre les différences entre le futhork et le futhark récent, et celles qu’on retrouve entre les cirth originelles des elfes et leurs adaptations par les nains et les hommes. Pour ceux qui sont intéressés à en savoir davantage, je vous renvoie au site Tolkiendil et à l’excellent travail qu’on fait là-dessus nos collègues.

Oui mais, et les runes celtiques alors ?

C’est bien simple, il n’y en a pas. Les celtes connaissaient l’écriture et ont à l’occasion emprunté l’alphabet grec, mais ils n’écrivaient généralement pas : pour eux, l’écriture était une chose morte, alors que la parole est vivante. D’où le fait que leurs savoirs – notamment celui des druides – n’étaient transmis qu’oralement. Si l’on parle de runes celtiques, à mon avis, c’est probablement qu’il y a eu confusion du fait de la coexistence des runes et d’une culture celtique au Royaume-Uni : les Britons, peuple originel des îles britanniques, étaient de culture celte, tandis que les Saxons et les Angles, venus coloniser leurs terres en arrivant de l’est (Danemark, nord de l’Allemagne, etc) étaient des peuples germaniques, donc utilisant les runes.

Donc, la prochaine fois que vous voyez des runes intitulées celtiques, soyez critiques : il s’agit très probablement de runes anglo-saxonnes « vendues » en tant que runes celtes, par méconnaissance ou pour profiter de l’engouement autour de tout ce qui est celtique. (Personnellement en tout cas, à chaque fois que je suis tombée sur des runes « celtiques », c’était le cas.)

C’est bien joli tout ça, mais et leur pouvoir magique ?

Alors là, nous touchons à un domaine très polémique, et même les spécialistes s’affrontent encore sur le sujet. Mais remettons les choses en contexte.

Aujourd’hui, particulièrement en Europe, l’écriture est purement utilitaire – contrairement par exemple au Japon, où la calligraphie, l’art de tracer de beaux caractères, est enseignée à l’école obligatoire – et on l’utilise tout le temps. Ce qui n’était absolument pas le cas à l’époque d’apparition du futhark. De plus, à cette même époque, le mysticisme faisait partie intégrante de la vie. Pour ne donner que quelques exemples, on inscrivait des formules magiques sur les monuments funéraires pour les protéger des pillards, ainsi que sur des armes et objets qu’on voulait doter de certaines propriétés. Du coup, pour les peuples germaniques qui utilisaient ce système d’écriture, ces inscriptions mystiques ont été logiquement retranscrites au moyen des runes.

Et c’est là qu’intervient la polémique. D’un côté, ceux qui disent que les runes sont indissociables de cette charge mystique et qu’il s’agit donc de symboles magiques, et qui l’associent à toute une spiritualité. En effet, selon les mythes scandinaves, les runes n’auraient pas été créées mais plutôt découvertes par le dieu Odin, qui les auraient ensuite transmises aux hommes. De l’autre, ceux qui soutiennent qu’il ne s’agit d’un système d’écriture et que, du coup, il a été utilisé par les hommes pour retranscrire bien des choses, dont les rituels mystiques de l’époque ; ce qui ne rend pas cette écriture mystique pour autant. En effet, nombre d’ouvrages dits de sorcellerie ont été écrits en latin, ça n’en a pas rendu la langue de Jules César sacrée pour autant.

Malgré le fait que, selon les spécialistes, une importante partie des inscriptions runiques ne soient pas parvenues jusqu’à nous parce qu’elles étaient écrites sur un support périssable, tel que le bois, l’imposant nombre d’inscriptions à caractère magique ainsi que l’emploi étrange du point de vue linguistique de certaines runes semble indiquer, pour certains spécialistes n’étant rangés ni dans un camp ni dans l’autre de la polémique, que les runes en elles-mêmes étaient à leur origine indissociables de la pratique de la magie. Une association qui se serait diluée au fil du temps, les croyances changeant, et l’utilisation du futhark serait alors devenue purement profane. A noter qu’admettre que les runes avaient une forte charge mystique pour leurs créateurs n’implique aucunement l’existence réelle d’un pouvoir magique qui leur serait lié.

Alors pas question ici de trancher la question actuelle de la magie des runes : que l’on croie ou non à la magie des runes, qu’on y ajoute de la spiritualité ou non, tout cela est une affaire de croyance personnelle. Et chez Geek-It, on a pour principe que tant que cela ne nuit à personne, vous êtes libres de croire ce que vous voulez, ça ne regarde que vous.

Le petit plus

A présent que vous en connaissez un peu plus sur les systèmes runiques, si vous êtes intéressés à l’utiliser lors de vos parties de jeu de rôle, pour une autre création ou simplement si vous êtes curieux, je vous invite à consulter nos retranscriptions du futhark (pour les systèmes runiques fictionnels, je vous invite une fois encore à faire un tour chez nos collègues de Tolkiendil) mis à disposition dans les Aides et Tutoriels de Geek-It.

Sources

Livres

– L’écriture runique et les origines de l’écriture / Alain de Benoist, 2017

– Les runes : art divinatoire des peuples nordiques / Tony Willis ; Flammarion, 1989

– Les runes : écriture sacrée en Terre du Milieu / Julie Conton ; Mémoires du Monde, 2014

Internet

– Site Tolkiendil, section runes :

http://www.tolkiendil.com/langues/ecritures/runes

http://www.tolkiendil.com/langues/ecritures/divers/esoterique_runes_cirth_tengwar

et http://www.tolkiendil.com/langues/ecritures/cirth/introduction_cirth

– Pour l’image à la une http://www.felag-asatru.org/fabrication-jeu-runes/

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