Lolita

Que vous vous intéressiez de près ou de loin au Japon, vous avez certainement déjà tous été confronté – au moins une fois dans votre vie – à la mode Lolita. Alors qu’est ce que la Mode Lolita ? En quoi se différencie-t-elle du mouvement Kawaii ? A-t-elle un lien avec nos Lolita européennes et que tente-t-elle de véhiculer comme message ? C’est à ces quelques questions que nos allons tenter de répondre dans cet article sur la culture geek.

Origines historiques du Lolita

Les origines de la mode Lolita remontent aux années 1960. Née dans les rues tokyoïtes d’Harajuku du quartier de Shibuya, elle s’inspire principalement de deux époques historiques européennes. La première vient du XVIIème siècle et de ses robes à la française, où les ornements de dentelles prédominent et où les nœuds de rubans et froufrous en tout genre viennent rappeler les courants baroques et rococo. De nombreux autres éléments viennent également rappeler ces courants, comme des imprimés qui s’inspirent des motifs de l’époque. La seconde période d’inspiration vient du XIXème siècle, soit l’époque victorienne et ses robes bouffantes à crinolines.

Les origines claires de cette mode restent assez floues, mais les codes qui la régissent sont, au contraire, très bien définis. Mode faite de robes amples de style rococo, baroque ou victorien, avec un goût prononcé pour les dentelles, c’est principalement le fait main qui prime pour commencer. Il est très important de ne pas à confondre le Lolita avec le Cosplay ou tout autre déguisement à but de reconstitution historique, car le Lolita est une mode à part entière.

Le Lolita se développe en réaction au Kogaru, une autre mode qui est portée par les jeunes filles de 12 à 25 ans et qui consiste en des cheveux décolorés (généralement blond) et au teint souvent artificiellement bronzé. Le Kogaru va ensuite se diversifier en variantes Kawaii, mais gardera toujours une forte connotation érotique et sexuelle, contrairement au Lolita qui incarne une sorte de perfection d’innocence et de candeur.

Un exemple de rencontre en Lolita
Source : Japanese Streets

Même si le style est né dans les années 60, il ne va réellement se développer que dans les années 80 avec l’ouverture du magasin « Baby the stars shine bright ». Il va ensuite petit à petit s’étendre à d’autres grandes villes du Japon. Celui-ci connaît des phases de popularisation explosives comme quand – en 1999 – l’artiste Mana of Malice Mizer lance une nouvelle ligne de vêtements de Gothic Lolita intitulé « Moi même Moitié ou MmM ». Cette nouvelle ligne donne alors naissance à deux sous-genres du Lolita : l’Elegant Gothic Lolita (EGL) et l’Elegent Gothic Aristocrat (EGA). On considère alors que l’artiste est devenu l’emblème de ces sous-genres, qui sont étroitement lié à sa marque.

Dès lors, la Mode Lolita va se diversifier et on verra apparaître de nouveaux sous-genres possédant chacun ses propres codes et accessoires. S’exportant sur d’autres continents, on verra, par exemple, s’ouvrir des magasins en France, comme l’Angelic Pretty à Paris.

Du terme péjoratif occidental à la mode japonaise

Si le terme Lolita a tant de mal à être accepté par nous autres occidentaux, c’est certainement dû à son appellation qui – chez nous – possède une tout autre connotation. A l’inverse du terme Otaku, qui possède une connotation positive en Europe et négative au Japon, le Lolita est considéré comme péjoratif en Europe alors qu’il ne l’est pas au Japon. En Europe, le terme Lolita renvoie au roman éponyme de Vladimir Nabokov ou son adaptation cinématographique par Stanley Kubrick et désigne une jeune fille adolescente qui est physiquement attirante de par sa jeunesse. Au Japon, même si le terme est également inspiré du roman de Nobokov, les Japonais n’ont gardé de Lolita que l’aspect féminin et innocent et ont volontairement laissé de côté la relation peu saine entre les deux protagonistes. Le terme désigne donc une mode aux antipodes de la vision européenne ; mode faite d’habits recouvrant une grande partie du corps et cachant en grande partie les attributs physiques des personnes qui la portent. Malheureusement, l’ignorance et les clichés ont la vie dure et le Lolita japonais peine encore à se faire une place en Europe, malgré le travail acharné des fans du genre et les conférences faites par des ambassadrices du Japon.

Une Tea Party un peu spéciale organisée en tenue Lolita
Source : https://matcha-jp.com

Le Lolita : une contestation de la société

Contrairement aux apparences, le Lolita représente un mouvement contestataire qui s’oppose à la société japonaise, jugée trop rigide par nombre de personnes y vivant. Alors que d’autres trouvent des échappatoires dans les mangas, animés et autres Cosplay, les Lolitas utilisent la mode pour protester contre celui-ci. Il s’agit d’une contestation douce et pacifique, contrairement à d’autres styles comme le punk. Il est intéressant de constater que chaque style de Lolita fait passer un message particulier par son habillement et par le choix des combinaisons de vêtements qu’elle porte. Le principe d’une Lolita est simple : ressembler autant que faire se peut à une poupée de porcelaine parfaite, sans le moindre défaut. Il s’agit d’incarner le mignon et l’innocence plutôt que d’être sexy. Le Lolita prône donc la féminité, l’innocence et l’élégance dans une société qui voit de plus en plus les femmes comme des objets hypersexualisés.

LOLITA FASHION POWER over the world with Misako Aoki, official Lolita Fashion Kawaii Ambassador :

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Ita, quand le code n’est pas respecté

Quand on veut devenir Lolita, il y a tout un code – à la fois vestimentaire et comportemental – à respecter. Très complexe, ce code n’est pas toujours respecté par les nouvelles, qui se font alors traiter « d’Ita » par la communauté Lolita. Ita est un terme péjoratif qui est affublé aux personnes tentant de s’habiller en Lolita sans y parvenir. Les raisons de cet échec sont multiples : mauvais conseil de vendeur, qualité des vêtements, vêtements et accessoires étiquetés Lolita alors qu’ils n’en sont pas, associations de styles hétéroclites, etc. Une fois taxé d’Ita, il est très difficile pour une personne de se débarrasser de cette étiquette, ce qui est souvent reproché à la communauté Lolita.

Exemple de tenue considérée comme étant Ita

Les divers styles de Mode Lolita

Même s’il s’agit d’une mode à part entière, le Lolita se décline en plus d’une vingtaine de sous-genres qui possèdent tous leurs caractéristiques propres et qui véhiculent tous un message différent. Dans cette partie de notre article, nous allons vous présenter les principaux sous-genres de Lolita et quelques-unes de leurs caractéristiques. Bien entendu, il est très difficile de traiter de tous les aspects de la mode Lolita, car les sous-genres peuvent se mélanger selon les envies et varient également grandement en fonction des pays où ils sont portés (Chine, France, Japon, etc.). Les sous-genres présentés ci-dessous représentent donc les principaux courants du Lolita, ceux qui ne sont pas issus de croisements.

AristocrateCasualClassic Country Gothic Hime Li Ouji Punk Steampunk Wa

Aristocrate Lolita

Exemple du sous-genre Aristocrate Lolita

Le style aristocratique reprend des codes de l’époque victorienne. Comprenant des jupes allongées, généralement noires, ce style est parfois considéré comme un courant sœur au Lolita sans réellement lui appartenir. Dans ce style, le corset est l’accessoire le plus important. Les tenues sont le plus souvent composées de chemises à collet et de bottes plates, sans oublier les vestes cintrées en queue-de-pie; le tout dans une certaine simplicité. Le chapeau haut-de-forme prend aussi une place importante, tout comme les capes, avec parfois de longues capuches. Tous ces éléments sont très proches du sous-genre gothic, auquel le sous-genre Aristocrate emprunte beaucoup.

Remarque : Moi Meme Moitie est la marque qui a inventé le terme Aristocrate Gothique Élégant, ou EGA, qui s’approche grandement de l’Aristocrate Lolita. L’EGA est néanmoins composé uniquement d’accessoires et de vêtements provenant des boutiques MMM, alors que l’Aristocrate Lolita peut provenir de divers magasins.

Couleurs principales : Noir

Motifs courants : Motifs gothiques, toiles d’araignée, cercueils, chauves-souris, candélabres

Signes distinctifs : Corset, Chemise à collet, bottes plates, veste cintrée

Casual Lolita

Exemple du sous-genre Casual Lolita

Le Casual Lolita représente le style le plus basique ce cette mode. Mais basique ne veut pas dire simple, et s’habiller en Casual Lolita peut représenter un réel défi pour la personne qui s’y essaie. Il faut en effet allier les vêtements de manière à créer un certain équilibre entre les habits Lolita et les vêtements plus classiques. Très complexe à mettre en place, ce style peut également être confondu avec la mode Otome Lolita, qui minimise également les fioritures. Les deux styles sont d’ailleurs très proches, pas toujours faciles à différencier et possèdent une racine commune.

Couleurs principales : Toutes les couleurs sont acceptées dans ce style, à condition de les arranger correctement entre elles

Motifs courants : Aucun, Minimiser les imprimés au maximum

Signes distinctifs : Jupon moins volumineux que pour les autres sous-genres, Chaussures classiques (non-lolita), Haut stretch qui viendra remplacer les chemises, Pull à capuche, Jupe simple alliée à un haut, etc.

Classic Lolita

Exemple du sous-genre Classic Lolita

Basé sur les imprimés floraux et sur les tons clairs, le Classic Lolita est l’un des styles les plus matures qu’on puisse trouver. Reprenant les codes de la mode victorienne anglaise, il est plus discret que les autres sous-genres et est donc – de ce fait – préféré par les Lolita plus âgées. Il s’agit également de l’un des styles qui s’inspire le plus de la mode historique. Un style dérivé du Classic Lolita, appelé le Over-the-top Classic, laisse de côté la discrétion pour le parer d’accessoires dignes des musées de l’époque victorienne et chaque costume devient alors une véritable œuvre d’art.

Couleurs principales : Tons désaturés, Bruns, Beiges, Blancs

Motifs courants : Antiquités, Architecture, Fleurs, Tapisserie

Signes distinctifs : Jupons en A, Bonnets ronds et fins, Nœuds pour la tête, Élégance et simplicité

Country Lolita

Exemple du sous-genre Country Lolita

Le Style Country Lolita est très proche du Classic et du Sweet en de nombreux points, comme les couleurs utilisées ou la forme générale des robes portées. Il s’agit d’une sorte de croisement entre ces deux sous-genres qu’il est parfois difficile de mettre en œuvre car la personne le portant aura tôt fait de pencher vers le Classic ou le Sweet. Il se différence cependant par ses imprimés campagnards et ses accessoires en osier qui viennent compléter les tenues.

Couleurs principales : Tons désaturés, Couleurs naturelles, Pastel

Motifs courants : Animaux de la campagne, Fleurs, Fruits, Imprimés printaniers et estivaux

Signes distinctifs : Coiffures tressées, Bonnets, Tabliers, Vannerie

Gothic Lolita

Exemple du sous-genre Gothic Lolita

Le style Gothic est l’un des premiers sous-genres de Lolita qui a vu le jour. S’inspirant fortement du gothic occidental et de la période victorienne anglaise, le Gothic Lolita est cependant plus modeste et élégant. Le tout fait penser à une poupée de porcelaine sombre et élégante.

Couleurs principales : Bleu roi, Noir, Rouge, Violet et quelques touches de blanc

Motifs courants : Animaux nocturnes, Cercueils, Crâne, Croix, Roses

Signes distinctifs : Prédominance du noir et des couleurs sombres, Aspect éthéré, Maquillage soutenu, Voiles

Hime Lolita

Exemple du sous-genre Hime Lolita

Le Hime est à la mode Lolita ce que le rococo est à la mode française : une mode où le mot d’ordre est extravagance. Le Hime – qui pourrait littéralement se traduire par princesse – se retrouve généralement dans les Tea Party où les participantes se dotent d’accessoires et de robes volumineuses, de faux cils, de lentilles de contact grossissantes et de coiffures volumineuses qui ne sont pas sans rappeler certaines coiffures en vogue dans les cours de la royauté française. En cela, le Hime Lolita emprunte beaucoup de codes à la mode Hime Gyaru, même si ce dernier possède des robes plus courtes, des coiffures moins volumineuses et un maquillage plus discret. Les chaussures prennent leur inspiration dans la marque Gyaru Jesus Diamante.

Couleurs principales : Beige, Blanc, Rose, Or et argent

Motifs courants : Animaux de compagnie, Fleurs, Pâtisserie, Perle, Médaillons

Signes distinctifs : Coiffures sophistiquées et volumineuses, Bonnet richement décoré, Gants et bagues, Manches évasées qu’on nomme les « engageantes », Maquillage travaillé, Sceptre, Talons hauts, Tiares et couronnes

Li Lolita

Exemple du sous-genre Li Lolita

Le Li Lolita prend son inspiration en Chine où il reprend les codes des robes mandchoue Qipao ou Cheongsam. Il se caractérise par le fameux col mao et les boutons en tissus qui en font sa marque de fabrique. Cette sous-catégorie est particulièrement populaire en Chine, même si le Japon propose désormais sa propre ligne de vêtements appartenant à ce sous-genre. Le Japon n’emploie cependant pas le terme de Li Lolita mais Qi Lolita. Celui-ci n’est d’ailleurs porté que durant des occasions spéciales et est encore considéré par beaucoup de Lolita comme un cosplay plutôt que comme un sous-genre à part entière.

Couleurs principales : Noir, Rouge, Or et plus généralement toutes les autres couleurs

Motifs courants : Dragons, Motifs chinois, Peintures chinoises

Signes distinctifs : Col mao, Boutons et décorations chinois, Pan de jupe fendue

Ouji Lolita

Exemple du sous-genre Ouji Lolita

L’Ouji Lolita – qu’on pourrait traduire littéralement par Prince Lolita – est le pendant masculin du Lolita mais est porté aussi bien par les hommes que par les femmes. Cette sous-catégorie joue tantôt sur le travestissement, tantôt sur l’androgynie, mais peut également rester très féminine, ce qui rend les codes qui la composent très difficile à cerner.

Couleurs principales : Toutes les couleurs

Motifs courants : Appliques et broderies, Fleurs de lys, Motifs de cartes, Rayures fines

Signes distinctifs : Pas de jupe et cheveux courts

Punk Lolita

Exemple du sous-genre Punk Lolita

Le Punk Lolita est parmi les premières sous-catégorie de Lolita a avoir vu le jour. Inspiré des punk britanniques et employant des vêtements volontairement déchirés ou troués, il fut très populaire dans les années 2000 avant de disparaître petit à petit à cause de copies bon marché. La confusion souvent faite avec d’autres modes comme le Japanese punk et le Visual Kei ont également rendu difficile l’adoption de cette sous-catégorie, qui ne permettait dès lors plus de faire passer un message clair comme le veulent les Lolita.

Couleurs principales : Blanc, Noir, Rouge, Violet

Motifs courants : Déchirures, Tartan, Squelettes, Rayures

Signes distinctifs : Chaînes, Eléments cloutés, Eléments déchirés, Jupe courte mais sans être des mini-jupes, Maquillage plus soutenu, Superposition des couches

Steampunk Lolita

Exemple du sous-genre Steampunk Lolita

Né dans les années 2010, le Steampunk Lolita est l’un des sous-genres les plus récents de la mode Lolita. Il est également le seul sous-genre à ne pas être né au Japon. Comme son nom l’indique, ce courant s’inspire des codes du genre littéraire uchronique éponyme et reprend de nombreux éléments qui font le succès de ce dernier, comme les chapeaux dotés de lunettes d’aviateur, les rouages, tuyaux et autres montgolfières. Ce courant littéraire évoluant durant la période victorienne s’est tout naturellement mélangé au Lolita pour devenir une nouvelle sous-catégorie très appréciée. Il est cependant moins porté que les autres sous-genres à cause de sa tendance à apparaître comme un cosplay.

Couleurs principales : Bleu foncé, Brun, Crème, Cuivre, Or, Rouge, Vert

Motifs courants : Fines rayures, Montgolfières, Montres et horloges, Rouages, Trains, Tuyaux

Signes distinctifs : Accessoires steampunk, touche victorienne

Wa Lolita

Exemple du sous-genre Wa Lolita

Le Wa Lolita est l’un des sous-genres les plus appréciés des fans du Japon. Reprenant le kimono pour le changer en robe Lolita, il est le plus difficile à porter car il comprend – en plus des règles d’habillements du Lolita – de connaître les différents codes du port du kimono. L’origine du terme provient du kanji Wa (和) qui est employé pour désigner de nombreux éléments en provenance du Japon.

Couleurs principales : Rouge, Noir, Toutes

Motifs courants : Motifs traditionnels de kimono et de yukata

Signes distinctifs : Elément de décorations de kimono, Geta, Haut de Yukata, Kanzashi, Motifs japonais

Sources

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