Manteaux de Gloire (les) / Sébastien de Castell

Insert Book présente aujourd’hui « Les Manteaux de Gloire », un ouvrage de fantasy plutôt original : une aventure qui fleure bon le roman de cape et d’épée à l’ambiance sombre, avec juste un petit soupçon de magie. De plus, l’auteur, un canadien anglophone, possède un style bien à lui qui entremêle humour et sérieux en trouvant toujours le juste équilibre pour ne jamais rompre l’ambiance. Une découverte qui pourrait bien annoncer un nouveau grand nom du genre !

La couverture du livre "Les Manteaux de Gloire"

Rien que la couverture donne envie de lire !

 

Fiche technique

Titre original : Traitor’s blade

Auteur : Sébastien de Castell

Genre : Fantasy

Niveau : Bon lecteur

Bibliochimie

Si un alchimiste voulait recréer ce livre dans son alambic, quelles oeuvres proches et autres petites choses pourrait-il utiliser comme ingrédient.

– Les Lames du Cardinal, pour les combats, la camaraderie, et la petite pointe d’irrévérence.

– Quelque chose de FitzChevalerie Loinvoyant (Robin Hobb), pour les multiples formes que peuvent prendre l’honneur et la loyauté.

– Un monde dont les lois sont en ruines.

L’auteur

Sébastien de Castell vit à Vancouvert avec sa femme et deux chats « belliqueux ». Il se consacre « entièrement » à sa carrière de musicien, chorégraphe de combats, professeur et écrivain – rien que ça. Il possède également un sens de l’humour assez particulier qui saute aux yeux à la lecture de sa mini-biographie.

L’histoire

Le roi Paelis, désireux d’apporter à son peuple justice et équité, tirait fierté de ses Manteaux de Gloire, des magistrats itinérants chargés de faire respecter la loi du roi d’un bout à l’autre du royaume. Hélas, le roi est mort, et les Manteaux de Gloire, à présent connus sous le triste surnom de « caches-misère », sont considérés comme des traîtres, et leur ordre a été dissout.

Falcio Val Mond et ses amis Kest et Brasti, anciennement membres de l’ordre, en sont réduits à accepter tous les emplois qui se présentent, le dernier en date étant garde du corps, pour un noble qui ne les paie même pas. Ils croient toucher le fond, mais c’était sans compter que leur employeur serait assassiné et eux désignés comme coupables. Au cours de leur fuite, ils découvriront qu’une conspiration menace tout ce pour quoi ils s’étaient battus en tant que Manteaux de Gloire. Que vont-ils pouvoir faire ? Tout ce qu’il leur reste, ce sont leurs manteaux, leurs épées, et le serment qu’ils ont prêté.

Les personnages

– Falcio Val Mond

Ancien premier Cantor des Manteaux de Gloire, c’est à dire leur chef. Il était également très proche du roi Paelis, qui se rapprochait plus d’un ami que d’un suzerain pour lui. Et bien que le roi soit mort, bien que son ordre soit dissout, Falcio refuse de laisser mourir l’idéal des Manteaux de Gloire et empêche à toute force ses deux compagnons de se laisser aller au banditisme.

– Kest

Ami d’enfance de Falcio, Kest est la plus fine lame de tout le pays et n’a jamais été vaincu que par une et une seule personne : Falcio. Il est du genre taciturne, mais il n’y a pas plus fiable. Lorsqu’il a une idée en tête, toutefois, difficile de le dissuader.

– Brasti

S’il est loin derrière ses deux amis au maniement de la lame, il est d’une efficacité redoutable à l’arc. C’est le bon vivant du groupe, et aussi le plus expressif, ainsi que le plus assidu dans la conquête de la gent féminine. Son pragmatisme l’aurait déjà poussé vers des métiers moins honorables depuis la dissolution de l’ordre, mais son respect pour Falcio le retient encore. Pour l’instant, du moins…

Le style

Le récit est écrit en « je », donc en focalisation interne, centrée sur le personnage de Falcio Val Mond. Toutefois, l’auteur ne s’est que peu servi de l’aspect psychologique de ce type de narration, préférant se servir de Falcio essentiellement comme d’un angle de prise de vue particulier. Le lecteur a accès à sa vision, à ses pensées immédiates, voire à ses souvenirs lors de « flash-back », mais il n’est pas placé au centre de son esprit.

Pour autant, ce choix de restreindre les possibilités offertes par une focalisation interne n’est pas un mal, car le récit des Manteaux de Gloire est avant tout basé sur l’action et l’enchaînement des évènements. Ces derniers se succèdent à un rythme effréné, tels des dominos tombant de plus en plus vite, et laissent le lecteur aussi essoufflé que ce pauvre Falcio. Une focalisation interne plus développée, plus axée sur le ressenti du personnage, aurait peut-être donné plus de profondeur au récit, mais cela aurait irrémédiablement cassé le rythme, ce qui aurait été dommage.

L’auteur a choisi un style de narration qui n’est pas sans rappeler le cinéma : les chapitres racontant l’action présente alternent avec ceux racontant des morceaux du passé, pratiquement au rythme d’un sur deux ; on part d’une situation initiale qui plonge presque immédiatement dans l’action, et des retours en arrière – presque des flash-back – périodiques permettent d’expliquer comment on en est arrivé à la situation qu’on avait au début du livre. Quand le mélange est bien fait, plus l’action avance et plus la compréhension qu’en a le lecteur s’élargit, grâce aux informations glanées par les retours en arrière. Et en l’occurrence, l’alchimie fonctionne très bien !

Avis de la Rédac’

Mikaua – Avec ses trois fines lames réunies, l’histoire fait irrésistiblement penser à une version déchue des Trois mousquetaires (et avant que vous n’en fassiez la remarque, bande de plaisantins, je sais très bien qu’ils étaient quatre après l’adjonction de D’Artagnan !). Les thèmes de la loyauté, de l’honneur, et de l’amitié sont tout aussi forts dans ce récit qu’ils ne l’étaient dans l’oeuvre d’Alexandre Dumas, et explorés sous un angle différent étant donné que le roi est mort et l’ordre des Manteaux de Gloire dissout. En effet, les Manteaux avaient fait serment de faire respecter les lois du Roi, mais sans celui-ci, et maintenant qu’ils sont considérés comme traîtres, sont-ils toujours liés ? Une question habilement mise en scène par Sébastien De Castell dans ce roman. De plus, l’humour irrévérencieux de l’auteur, mis en évidence autant dans sa préface que dans la courte biographie qu’on trouve sur le quatrième de couverture et sur son site, transparaît ici et là – surtout par l’intermédiaire de Brasti – et permet de donner quelques touches de lumière dans un univers bien sombre.

Une critique que je pourrais faire est qu’on n’a qu’un aperçu fugace de l’univers où évoluent les Manteaux de Gloire, mais on sent que c’est simplement le rythme du récit qui empêche de s’y attarder, et pas un manque de développement de la part de l’auteur. On devine un monde riche, qui ne demande qu’à livrer ses secrets aux lecteurs avides d’en savoir plus. Un rien de frustration de ma part, donc. Mais qui sait, peut-être dans le tome deux, déjà sorti chez nos collègues anglophones…

En tous les cas, une excellente découverte !

Sources

– Le site de l’auteur (en anglais) http://decastell.com

– « Les Manteaux de gloire » de Sébastien de Castell, éditions Bragelonne

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