La matière de Bretagne

Au détour d’un roman, d’un documentaire ou d’une série, vous avez peut-être déjà entendu l’expression « matière de Bretagne ». Alors outre une odeur d’iode et un goût de crêpes au sarrasin, qu’est-ce qui se cache derrière ces termes un peu barbares ?

Matière de quoi ?

Premièrement, le terme « matière », ou plutôt « matiere », venant du Moyen-Âge, n’est pas à prendre à son sens habituel de « matériau », et bien entendu, il a plusieurs significations – ce serait trop simple sinon. On peut retenir le sens de « thème, sujet », et celui qui donne matière comme synonyme de conte ou d’histoire. « Matière de Bretagne » concerne donc à la fois les « contes de Bretagne » et les « thèmes de Bretagne ».

Mais revenons à nos moutons. L’expression « Matière de Bretagne », utilisée par le poète Jean Bodel, puis par ses confrères, vient, comme dit plus haut, tout droit du Moyen-Âge (XIIe – XIIIe siècle). Dans le prologue de sa « Chanson des Saxons », Bodel profite d’expliquer le système de classement littéraire de son époque. Il cite trois « matières » :

– La matière de Rome, qui renvoie à l’Antiquité, aux traditions grecques et latines. Elle regroupe donc des oeuvres littéraires médiévales s’inspirant des textes antiques, comme l’Enéide (qui raconte le voyage et les épreuves d’Enée, héros troyen) ou l’Iliade (qui raconte la guerre de Troie).

– La matière de France, qui correspond aux textes et chansons de geste dont l’inspiration est liée à la figure du roi Charlemagne.

– Et enfin, la matière de Bretagne. Cette dernière regroupe les textes inspirés des légendes celtiques.

Le défaut de cette organisation en trois partie, c’est que, déjà au commencement, les fameuses « matières » étaient loin d’être aussi clairement séparées. Les romans empruntaient aux unes et aux aux autres, et on a pu ainsi trouver, dans la chanson de geste « Huon de Bordeaux », un personnage étant fils de Jules César… et de la fée Morgane, ce qui du coup le classerait à la fois dans la matière de Rome et celle de Bretagne. De plus, certains textes s’inspiraient de traditions différentes, et du coup devenaient inclassables.

En bref, ces « matières » se comportaient un peu comme les genres littéraires actuels : il y a des romans qui collent strictement à un genre (policier, fantasy, science-fiction, etc), des hybrides qui empruntent à plusieurs, et d’autres encore qui ne se classent nulle part. Et comme à l’époque, les genres se piquent allégrement les bonnes idées les uns aux autres en les arrangeant à leur sauce.

Le mot de la rédac’

Mikaua – Ceux qui suivent se seront peut-être fait la réflexion que le terme « matière de Bretagne » se retrouve même dans des oeuvres pour les profanes, alors que les deux autres catégories citées par Jean Bodel semblent réservées aux publications spécialisées. Seul un/e spécialiste de la littérature médiévale pourrait donner une explication définitive à ce sujet, mais je me permets d’apporter un avis geek sur le sujet.

Premièrement, la matière de Bretagne est celle des trois qui est la plus marquée par des éléments de merveilleux : magie, créatures merveilleuses, etc. Et c’est en partie dans ces éléments et les légendes celtiques d’où ils proviennent que les auteurs de fantasy sont venus, bien plus tard, puiser leur inspiration. Vu l’essor de la fantasy dernièrement, pas étonnant que le terme « matière de Bretagne » refasse surface avec.

Deuxièmement, et c’est certainement à mes yeux la raison principale, si la matière de Bretagne est tellement en vogue, c’est à cause de LUI :

Alexandre Astier jouant le roi Arthur dans Kaamelott

Alors non, je ne parle pas d’Alexandre Astier – bien qu’il ait assurément une connaissance du sujet plus que complète, ce qu’il démontre dans sa série Kaamelott – mais du personnage qu’il incarne, à savoir le roi Arthur. Les légendes arthuriennes ont traversé les siècles sans rien perdre de l’attrait qu’elles suscitaient déjà à leur époque, et aujourd’hui encore pratiquement tout le monde sait de quoi il est question quand on cite le roi Arthur ou Merlin. Se dire que ces personnages sont connus de manière internationale depuis le XIIe siècle, soit depuis huit siècles, y’a de quoi faire réfléchir.

Quelques oeuvres actuelles

Comme aucune source n’arrive à déterminer exactement le lien entre la matière de Bretagne et la fantasy, voici quelques oeuvres inspirées des légendes arthuriennes qui vous permettront de goûter un peu à la thématique – mais il est évident qu’il en existe bien d’autre, étant donné que le sujet et les personnages ont été abondamment utilisés par les auteurs de toutes les époques.

Attention : les oeuvres actuelles peuvent parfois être TRES librement inspirées de la matière de Bretagne originelle – qui à la base arrive déjà à se contredire toute seule.

Bandes-dessinées

– Arthur, David Chauvel et Jérôme Lereculey, éditions Delcourt

– Merlin, Jean-Luc Istin et Eric Lambert, éditions Soleil

Films et Séries TV

Kaamelott, série par Alexandre Astier, 2005

– Merlin, série de la BBC de 2008

– Merlin l’Enchanteur, de Disney, 1963

Livres

– Cycle d’Avalon, huit livres en version originale dont six traduits, de Marion Zimmer Bradley

– Cycle de Pendragon, six volumes, de Stephen R. Lawhead

Sources

– La page Wikipédia

– Le livre « Matières à débat », dir. Christine Ferlampin-Acher et Catalina Girbea

Source de la photo

Le tribunal du net

Illustration d’un manuscrit prise sur Wikimedia Commons

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