Sintonia nous emmène dans une Venise futuriste, élevée loin au-dessus de sa lagune et des nuages de pollution. On y suit le destin de quatre jeunes femmes issues d’une guilde d’assassines qui a vu ses membres, leur famille, se faire exterminer jusqu’aux dernières.
Fiche technique
- Autrice : Audrey Pleynet
- Titre : Sintonia
- Genre : Science-fiction
- Éditeur : Le Bélial
- Nombre de pages : 408
- Année de parution : 2025
- Niveau : Lecteur moyen
Bibliochimie
Si un alchimiste voulait recréer ce livre dans son alambic, quelles choses pourrait-il utiliser comme ingrédient ?
– Un excellent travail de construction de l’univers
– Venise, l’éternelle, si parfait théâtre pour les complots
– Quatre protagonistes qui partent du même point afin de suivre chacune son chemin
A quoi s'attendre ?
Terre, année 2354.
Deux cents ans après la guerre des Ires, un conflit lui-même long d’un siècle, le monde a changé de visage. Ayant brisé le cycle infernal des luttes armées et des catastrophes écologiques grâce à la nanotechnologie, l’humanité se protège désormais d’une nature résolument hostile au cœur de cités-États. Les plus avancées ont connu l’Élévation, un procédé nanotech qui leur a permis de gagner les nuages, loin du Sol et de ses pollutions délétères. La première d’entre elles est la puissante Venise, pionnière des villes-tiges, réputée pour sa maîtrise technologique.
Mais dans la Sérénissime, les haines sont tenaces et les jeux de pouvoir incessants. Les Sintonia, lignée de redoutables femmes assassins, s’apprête à en faire les frais. Malgré leurs appuis et leur maîtrise du Diapason, un contrôle mental qui lie ses membres ensemble via leur lignée maternelle et qu’elles sont les seules à détenir, elles tombent dans un piège qui va exterminer jusqu’aux dernières de ses membres…
Ou en tout cas, c’est ce que croient les commanditaires dudit piège. Mais qui sait ce qui peut se cacher dans les ombres des ruelles et derrière les masques si chers à Venise ?
Même point de départ, quatre chemins différents
Les quatre protagonistes de Sintonia partent pratiquement du même point. Toutes quatre ont été élevées par la Guilde, et ont connu toute leur vie le Diapason. Ce Diapason est comme un fil de conscience tendu de mère en fille, suivant exclusivement la lignée maternelle et allant dans les deux sens : ainsi, l’arrière-grand-mère sera reliée à ses filles, petites-filles, et arrières-petites filles, mais une tante ne sera pas reliée à sa nièce. Le Diapason est également une forme de contrôle mental, qui peut permettre aux plus âgées de prendre le contrôle des mouvements de leurs descendantes, ainsi qu’en partie de leurs émotions.
Les quatre protagonistes, donc, ont connu toute leur vie ce lien, qui permettait à leurs aînées de les aider aussi bien à combattre qu’à aplanir leurs émotions quand elles se faisaient trop fortes. Et soudain les voilà seules, livrées à elles-mêmes, chacune persuadée d’être la dernière de sa famille. Si l’on suivait la logique vénitienne, qui s’appuie sur des décennies d’habitudes immuables où les enfants issus d’une Guide prennent la succession de leurs parents et voient leur vie toute tracée, les quatre sœurs devraient suivre des trajectoires parallèles.
Et pourtant, malgré des circonstances de départ semblables, chacune va suivre son propre chemin et forger sa propre destinée, selon ses choix et ses possibilités. Cela ne sera facile pour aucune d’entre elles, mais cela ne les empêchera pas de se battre pour trouver une place qui leur convienne, faisant un beau pied de nez à l’idée que le destin soit quelque chose d’immuable.
Avis de la Rédac'
Mikaua : En choisissant Venise comme théâtre principal de son récit, l’autrice de Sintonia m’avait déjà à moitié poussée à lire son roman. J’adore cette ville, son histoire, et son ambiance si particulière. La Sérénissime a connu de nombreux jeux de pouvoirs, et cela en a fait l’un des terrains de jeux favoris pour mettre en scène de bonnes histoires de complot et de revanche. Et comme le résumé de Sintonia parlait justement de complots, j’ai plongé plus que volontiers dans ce roman. En tout premier lieu, un grand coup de chapeau à Audrey Pleynet pour son univers. Cette idée des villes-tiges, montées en hauteur comme sur des pilotis interminables pour échapper à la pollution du Sol, c’était bien pensé, et elle l’a mis en scène avec un souci du détail qui rend le tout tellement réaliste qu’on s’y croirait presque. Et cerise sur le gâteau, ce n’est pas une de ces sciences-fictions qui vous assomment avec des explications détaillées de chaque point technologique à vous coller la migraine : le style est fluide à la lecture, et donne juste ce qu’il faut d’explications en les intégrant au fil du récit. Au niveau du récit justement, Sintonia emmène son lecteur le long de quatre parcours différents, mais sans pour autant les perdre, et en distillant habilement dans l’un des indices permettant de mieux comprendre ce qui se passe dans l’autre, et ainsi de suite, les reliant de manière délicate qui en fait un vrai plaisir à lire. Quant aux quatre protagonistes, je n’ai complètement accroché à aucune d’entre elles, mais elles sont écrites avec suffisamment de personnalité pour qu’on ait envie d’en savoir plus sur ce qui va leur arriver. Par contre, un détail m’a fait grincer des dents à plusieurs endroits du récit… Afin de mieux ancrer son récit dans son environnement, l’autrice utilise plusieurs termes italiens : carabinieri, figlia, nonna, etc. En soit, c’est très bien et j’aime beaucoup quand les autrices et auteurs jouent avec une autre langue, je les encourage à continuer. Mais, pitié, respectez la grammaire de la langue d’origine, sinon c’est à grincer des dents ! Ninas, figlias, tous ces pluriels en s n’ont strictement rien à faire là. Et le pire de tous, carabinieris… misère, carabinieri c’est DEJA au pluriel, pas besoin d’en rajouter !!! (Pour ceux qui seraient curieux, le singulier, c’est carabinière). Mais bon, si on passe outre cela, Sintonia est un premier roman vraiment superbe, avec un univers fignolé avec passion par son autrice, et un style très agréable à lire. Je le recommande absolument, et j’ai personnellement ajouté Audrey Pleynet à la liste des rares auteurs de SF dont je suis de près les nouvelles publications.
Sources
– Le livre lui-même
– Le site de l’éditeur
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